
La commission ministérielle chargée du suivi des grands projets s’est de nouveau réunie, jeudi soir, sous la présidence du Premier ministre, Mokhtar Ould Djay. À l’ordre du jour : l’état d’avancement des projets prioritaires, l’achèvement du programme d’urgence pour Nouakchott, la généralisation de l’accès aux services essentiels ainsi que la préparation de nouveaux programmes consacrés à Nouakchott et Nouadhibou.
Le communiqué officiel affirme que la majorité des composantes du programme d’urgence pour le développement de Nouakchott est achevée et annonce la livraison prochaine de plusieurs centres de santé. Le Premier ministre a, une nouvelle fois, demandé la levée des obstacles, le respect des délais et l’application des normes de qualité.
Mais derrière cette mécanique institutionnelle bien rodée, faite de réunions, de présentations techniques, de tableaux d’avancement et d’instructions répétées, la réalité quotidienne de la capitale demeure beaucoup moins rassurante. Pour une grande partie de ses habitants, les progrès annoncés restent difficiles à percevoir dans les services les plus élémentaires.
Des réunions nombreuses, des résultats encore peu visibles
Le suivi régulier des projets publics est nécessaire. Il permet, en principe, de détecter les retards, de responsabiliser les administrations et d’éviter que les investissements ne se transforment en chantiers interminables. Mais la fréquence des réunions ne constitue pas, à elle seule, un indicateur de réussite.
Le véritable critère reste l’amélioration concrète des conditions de vie. Or, sur ce terrain, Nouakchott continue d’accumuler des dysfonctionnements qui affectent directement les ménages, les commerces et l’ensemble de l’activité économique.
Les coupures intempestives d’électricité persistent dans plusieurs quartiers, perturbant le fonctionnement des foyers, des petits commerces, des ateliers et même de certains services publics. Elles entraînent des pertes de marchandises, endommagent les appareils électriques et obligent ceux qui en ont les moyens à investir dans des groupes électrogènes, des batteries ou des installations solaires.
La capitale d’un pays producteur de gaz ne devrait pourtant pas considérer la continuité de l’alimentation électrique comme un objectif lointain ou exceptionnel.
L’eau, un service toujours irrégulier
L’approvisionnement en eau reste également problématique. Dans plusieurs secteurs de Nouakchott, la distribution demeure irrégulière, avec des baisses de pression et des interruptions qui contraignent les familles à constituer des réserves ou à acheter de l’eau auprès de fournisseurs privés.
Cette situation pèse davantage sur les ménages modestes. Ceux-ci finissent souvent par payer l’eau plus cher que les habitants raccordés à un réseau fonctionnel. Les annonces de projets, de canalisations et d’extensions ne peuvent masquer cette inégalité quotidienne devant un service aussi fondamental.
Il ne suffit donc pas d’annoncer des infrastructures. Encore faut-il garantir leur fonctionnement, leur entretien et leur capacité à fournir un service continu.
Une capitale sans véritable système de transport collectif
Le transport urbain demeure l’un des angles morts de l’action publique. Nouakchott continue de se développer sans disposer d’un réseau collectif suffisamment structuré, régulier et accessible.
Les travailleurs et les étudiants dépendent largement de taxis souvent vétustes, de minibus peu confortables ou de solutions informelles. Les temps de déplacement s’allongent, les tarifs pèsent sur les revenus et l’absence de lignes organisées contribue à la saturation des principaux axes.
À cela s’ajoute une circulation de plus en plus anarchique : arrêts improvisés, stationnements désordonnés, dépassements dangereux, non-respect des priorités et occupation des chaussées. La faiblesse de la signalisation et le manque de discipline routière transforment certains carrefours en zones de confusion permanente.
Ordures, routes dégradées et espace public abandonné
La présence récurrente d’ordures dans les rues constitue une autre contradiction flagrante entre les bilans officiels et le visage réel de la capitale. Des dépôts sauvages apparaissent dans de nombreux quartiers, parfois à proximité des marchés, des écoles ou des habitations.
Les opérations ponctuelles de nettoyage ne suffisent pas à remplacer un système permanent et rigoureux de collecte. Tant que les responsabilités institutionnelles resteront dispersées et que les moyens de ramassage seront insuffisants, les déchets continueront à réapparaître après chaque campagne médiatisée.
L’état de plusieurs routes renforce ce sentiment d’abandon. Les nids-de-poule, les chaussées déformées et les voies rapidement dégradées ralentissent la circulation, endommagent les véhicules et augmentent les risques d’accident. Certaines routes réhabilitées montrent déjà des signes de faiblesse, ce qui pose directement la question de la qualité des travaux, du contrôle technique et de la responsabilité des entreprises retenues.
L’exigence formulée par le Premier ministre concernant les « normes les plus élevées de qualité » restera une déclaration d’intention tant qu’elle ne sera pas accompagnée de contrôles indépendants et de sanctions contre les prestataires défaillants.
La mendicité, symptôme d’une crise sociale
La multiplication des mendiants aux carrefours, devant les commerces et autour des lieux publics rappelle aussi que le développement urbain ne se réduit pas au béton et aux statistiques d’exécution budgétaire.
Cette mendicité visible, qui concerne notamment des femmes, des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées, traduit la persistance d’une pauvreté profonde ainsi que les limites des dispositifs de protection sociale. Elle soulève également des questions de protection de l’enfance, de dignité humaine et d’organisation de réseaux exploitant parfois les personnes vulnérables.
Une ville ne peut être présentée comme modernisée lorsque ses infrastructures progressent sans que les formes les plus visibles de la précarité ne reculent.
Nouakchott 2 : éviter la fuite en avant
La préparation annoncée d’un programme « Nouakchott 2 » peut constituer une occasion de corriger les insuffisances du premier programme. Mais elle risque aussi de devenir une nouvelle opération de communication si une évaluation transparente de la première phase n’est pas rendue publique.
Avant d’engager un nouveau cycle, le gouvernement devrait préciser quels projets ont effectivement été achevés, lesquels sont pleinement fonctionnels, combien ont coûté les travaux, quels retards ont été enregistrés et quelles entreprises ont failli à leurs obligations.
Le pourcentage d’exécution physique ne dit pas tout. Une route peut être déclarée achevée et se détériorer quelques mois plus tard. Un centre de santé peut être livré sans personnel suffisant, sans médicaments ou sans équipements. Un réseau d’eau peut être étendu sans garantir une distribution régulière. Une infrastructure terminée mais incapable de fournir durablement le service attendu ne constitue pas une réussite.
La multiplication des réunions donne l’image d’un exécutif mobilisé. Mais elle ne peut tenir lieu de politique urbaine. Les habitants ne jugent pas l’action gouvernementale au nombre de commissions réunies ni à la longueur des communiqués. Ils la jugent à la lumière qui reste allumée, à l’eau qui coule du robinet, à la disponibilité des transports, à la propreté des rues et à l’état des routes.
C’est sur ces résultats concrets, sensibles et immédiatement visibles que le gouvernement sera finalement évalué. Pour l’heure, entre la satisfaction affichée dans les salles de réunion et la réalité vécue dans les quartiers, l’écart demeure considérable.

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