La Mauritanie signe deux contrats offshore avec Murphy Oil | Mauriweb

La Mauritanie signe deux contrats offshore avec Murphy Oil

ven, 06/11/2026 - 10:14

Deux contrats d’exploration-production ont été signés le mardi 3 novembre 2026 à Nouakchott pour le bloc C10 et le champ de Thiof. Le gouvernement y voit une relance de l’exploration dans le bassin côtier. Les annonces publiques laissent encore ouvertes les questions du financement, des travaux obligatoires et de leur calendrier.

La signature a eu lieu au siège du ministère de l’Énergie et du Pétrole. Le ministre, Mohamed Abdel Vettah, a signé au nom du gouvernement mauritanien avec Christopher Charles Olson, vice-président principal de Murphy Oil Corporation chargé de l’exploration et du sous-sol. La chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Nouakchott, Corina R. Sanders, a assisté à la cérémonie. Le lendemain, Murphy a précisé qu’elle serait l’opérateur des deux périmètres et qu’elle y détiendrait, via ses filiales, une participation de 90 %. La Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH) détiendra les 10 % restants sous forme de participation portée. 

Avant la signature, le ministre a replacé l’accord dans un contexte international marqué par les préoccupations de sécurité énergétique. Il y voit un signe de confiance des investisseurs et une étape dans la politique du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, qui entend faire de l’énergie un moteur de la croissance industrielle. Son argument le plus concret tient aux données géologiques déjà disponibles sur C10 et Thiof. Murphy pourra les réexaminer pour orienter ses travaux. De son côté, Christopher Charles Olson a salué le potentiel du pays et sa position géographique. Il a réaffirmé l’engagement de son entreprise à respecter les accords.  

L’ambassade américaine salue ce qu’elle a appelle une « journée historique » et évoque de « nouveaux financements ». Dans son propre communiqué, Murphy annonce qu’elle poursuivra avec la SMH l’évaluation du potentiel des deux périmètres. Les communiqués de signature consultés ne précisent ni le montant engagé en Mauritanie, ni le programme minimum de travaux, ni le calendrier d’un éventuel forage. Ces éléments auraient permis de mesurer la portée de la relance annoncée. 

Deux blocs, deux passés

Les deux périmètres couvrent ensemble environ 12 550 km².  

C10 a déjà connu les promesses d’une relance. Shell y a signé un contrat en 2018. En juillet 2023, le ministère annonçait l’entrée de Qatar Energy à hauteur de 40 %. Shell a ensuite indiqué dans son rapport annuel 2024 avoir rendu deux permis qu’elle opérait en Mauritanie, identifiés par la publication spécialisée MEES comme C2 et C10. Selon cette dernière, le retrait a suivi le résultat décevant du forage PannaCotta-1 sur C10. Que montrent les données sismiques et les résultats du puits remis à l’État ? Quels prospects Murphy compte-t-elle tester que la campagne précédente a laissés ouverts ? 

En ce qui concerne Thiof, c’est une découverte de 2003 restée sans développement commercial. Le ministère présente ce champ, également appelé Oualata, avec une estimation d’environ 280 millions de barils. Murphy n’a publié ni nouvelle estimation pour Thiof ni décision de développement dans son annonce. La question est de savoir quelle part de cette découverte pourrait être récupérée à un coût compatible avec une exploitation commerciale. Après plus de vingt ans, le dossier mérite une explication technique sur les obstacles rencontrés et les hypothèses que le nouvel opérateur entend tester. 

Ce que Murphy peut financer et ce qu’elle s’engage à financer

Murphy a les moyens de mener des opérations en mer. Fondée en 1950 et entrée en Bourse en 1956, cette compagnie indépendante basée à Houston a produit en moyenne environ 186 500 barils équivalent pétrole par jour au troisième trimestre 2026 et dégagé un bénéfice net attribuable au groupe de 171,1 millions de dollars. Elle a mis en production Lac Da Vang au Vietnam et avancé dans l’évaluation de la découverte de Bubale en Côte d’Ivoire. Son budget mondial d’investissement pour 2026, de 1,5 à 1,6 milliard de dollars hors intérêts minoritaires, donne une mesure de sa taille. Les dépenses promises sur C10 et Thiof restent à chiffrer. 

Le gré à gré rend la publication des engagements d’autant plus importante

Dès décembre 2025, un communiqué du Conseil des ministres faisait état d’une demande de dérogation à l’appel à la concurrence, au titre de l’article 18 du Code des hydrocarbures bruts, pour C7, C10 et Thiof afin de permettre des négociations directes. Le ministère devrait rendre publics l’acte autorisant la dérogation, les critères qui ont conduit à retenir Murphy et, pour chacun des deux contrats signés, le programme minimum de travaux. Une réinterprétation des données existantes et un puits ferme assorti d’une échéance et d’une garantie financière représentent des engagements très différents. 

Signalons que Murphy Oil Corporation et ses filiales ont été impliquées dans plusieurs affaires documentées, dont un déversement majeur de pétrole en Louisiane, un dossier de pollution de l’air et un arbitrage contre le Canada sur les retombées locales de projets pétroliers offshore. Pour la Mauritanie, le dossier invite à examiner les clauses de formation, de recours aux prestataires nationaux et de règlement des différends, ainsi que les moyens de contrôler leur exécution.  Aussi les pièces à examiner sont les assurances, les garanties de la maison mère, le plan d’intervention en mer et les mécanismes d’indemnisation des pêcheurs si leurs activités sont touchées. 

La signature a donné à Washington une occasion d’afficher son soutien à une entreprise américaine et à Nouakchott celle de remettre deux actifs offshore au travail. La suite se jugera bloc par bloc. Quel montant Murphy est-elle tenue de dépenser ? Quels travaux l’État peut-il exiger et à quelle date ? Qui paiera si les opérations causent des dommages ? La publication des contrats et de leurs annexes de travaux donnerait enfin un contenu vérifiable à la promesse de prospérité partagée.