
À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de l’Indépendance nationale, célébré ce 28 novembre, le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a adressé jeudi soir un discours solennel à la nation. Une allocution dense, mêlant annonces sociales majeures, bilan d’étape et appel ferme au renforcement du lien citoyen, présenté comme la seule garantie de l’unité nationale.
Hausse des salaires : un signal fort à l’école et aux forces de sécurité
Le chef de l’État a dévoilé deux mesures phares :
- Une augmentation de 10 000 anciennes ouguiyas sur les salaires des enseignants et inspecteurs de l’enseignement fondamental, secondaire et technique ;
- La même augmentation pour les forces armées et de sécurité ;
- Une hausse significative de 20 000 anciennes ouguiyas de l’indemnité de craie afin « d’encourager les enseignants dans les classes ».
Ces mesures entreront en vigueur à partir du 1ᵉʳ janvier 2026 et s’inscrivent, selon le Président, dans une politique d’amélioration continue des conditions des fonctionnaires engagée depuis plusieurs années.
La citoyenneté, « lien fondateur » de la Mauritanie moderne
Au-delà des aspects sociaux, le Président Ghazouani a consacré une large partie de son discours à la question de l’unité nationale. Il a rappelé que la commémoration de l’indépendance est « une célébration de la naissance d’un nouveau lien » : la citoyenneté, seule base légitime des droits et des devoirs.
Le Chef de l’État s’est engagé à ce que :
- Aucun droit et aucun devoir ne soient reconnus en dehors de ce principe ;
- L’État combatte avec fermeté les liens « tribaux, ethniques ou stratifiés » susceptibles d’affaiblir la cohésion nationale.
Ce passage marque une réaffirmation forte de la doctrine présidentielle : privilégier le lien républicain sur toute forme d’appartenance segmentée.
Dialogue politique : un appel à la responsabilité collective
Revenant sur l’appel récent à un dialogue politique inclusif, un engagement central du programme « Mon ambition pour la patrie », le Président a dénoncé les tentatives de « monnayer la participation », rappelant qu’il s’agit d’une demande largement partagée et d’un outil essentiel de la gouvernance moderne.
Il réaffirme vouloir :
- Un dialogue “sérieux, global et franc”,
- dont les conditions seront « garanties » et les résultats « mis en œuvre »,
- avec une feuille de route qui sera partagée très prochainement avec toutes les parties.
Un long bilan : infrastructures, eau, éducation, santé, gouvernance
L’essentiel du discours a été consacré à une revue détaillée des réalisations du premier quinquennat et de la première année du second mandat. Plusieurs points saillants se dégagent :
Éducation
- Révision des programmes, renforcement de l’école républicaine.
- Construction et équipement de 1 200 salles et rénovation de 2 250 autres.
- Recrutement ou mobilisation de 3 743 enseignants.
- Hausse spectaculaire des capacités universitaires, notamment à Nouadhibou, Rosso, Kaédi, Tidjikja, Kiffa et Néma.
Énergie et eau
- Projets électriques structurants : ligne Nouakchott–Zouérate, électrification rurale massive, centrales hybrides et solaires.
- Renforcement des infrastructures hydrauliques :
- Extension de Boulenouar,
- Renforcement d’Aftout Essahili et d’Aftout Echergui,
- Usine de dessalement à Nouadhibou,
- Études de deux très grands barrages dans le Hodh El Gharbi et le Guidimagha,
- Objectif : doubler la production hydraulique nationale d’ici 2028.
Santé
- Extension des grands hôpitaux (CNH, CHN) ;
- Construction d’hôpitaux à Akjoujt, Zouérate, Tidjikja, Aioun, Aleg ;
- Lancement de l’hôpital universitaire Roi Salman ;
- Modernisation des centres de santé (près de 200 structures concernées).
Routes et désenclavement
- Près de 1 000 km de routes construits ou réhabilités cette année.
- Avancée majeure sur la Route de l’Espoir, pour la première fois praticable sur toute sa longueur.
- Grand programme pour ouvrir dizaines de localités, nouveaux chantiers prévus pour plus de 800 km.
Gouvernance et lutte contre la corruption
- Renforcement de la justice et des organes de contrôle.
- Adoption de lois sur la déclaration de patrimoine.
- Création de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption.
- Mise en garde contre la « banalisation généralisée » du discours anti-corruption :
le Président appelle à une « guerre sociétale autant qu’institutionnelle ».
Une vision économique prudente mais optimiste
Le Président a souligné :
- une croissance projetée de 4,5 % en 2025,
- un taux d’inflation inférieur à 2 %,
- un déficit maîtrisé à 3,5 %,
- et une dette publique en baisse de 45,2 % à 43,3 % entre 2025 et 2026.
Selon lui, ces indicateurs sont le résultat direct des réformes structurelles engagées et du dynamisme des secteurs productifs.
Conclusion : un discours d’ambition mesurée
Ce discours du 28 novembre apparaît comme l’un des plus fournis du second mandat du Président Ghazouani : annonces sociales concrètes, recentrage sur l’unité nationale, appel à un dialogue politique apaisé, bilan d’infrastructures et de réformes, vision économique maîtrisée.
Une ligne claire se dégage : consolider la stabilité, renforcer l’État et poursuivre une transformation graduelle, centrée sur la citoyenneté.

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