
La Mauritanie a réaffirmé, vendredi, devant le Forum des minorités à Genève, son engagement en faveur de la diversité, de l’inclusion et de la protection des minorités. Une déclaration solennelle, portée par Mme Khadija Hammadi El Arbi, conseillère à l’ambassade de Mauritanie en Suisse, et qui s’inscrit dans la ligne habituelle de la diplomatie mauritanienne lors des grandes rencontres onusiennes. Mais une fois de plus, ce discours aux accents harmonieux heurte frontalement une réalité intérieure beaucoup plus contrastée.
Un plaidoyer officiel… bien rodé
Dans son intervention, la représentante mauritanienne a mis en avant : la « contribution équitable » de toutes les composantes nationales ; la « cohésion sociale » comme socle de paix ; l’adoption d’une Stratégie nationale de promotion et de protection des droits de l’homme (2024-2028) ainsi que les efforts engagés pour améliorer l’accès aux services publics, l’éducation inclusive et la justice.
Elle a également rejeté les « allégations persistantes » de violations graves ou de discrimination systématique, insistant sur la criminalisation de l’esclavage et la liberté d’expression « garantie dans le cadre de la loi ».
Un discours parfaitement calibré pour Genève, où l’on maîtrise l’art du langage diplomatique.
… mais un fossé persistant entre le narratif et les faits
Ce plaidoyer peine toutefois à occulter les contradictions profondes que soulignent régulièrement ONG, acteurs politiques, organisations communautaires et partenaires techniques internationaux.
1. L’inclusion proclamée ne se reflète pas dans les institutions
La diversité culturelle et linguistique évoquée dans les salles feutrées de Genève reste peu visible dans l’administration, les organes décisionnels ou les secteurs stratégiques. L’accès équitable à l’emploi public, à la terre ou aux responsabilités se heurte encore à des pratiques informelles, héritées du passé, que les réformes annoncées tardent à transformer.
2. L’éducation inclusive reste un chantier ouvert
Malgré les programmes cités, les données disponibles montrent une persistance des écarts dans l’accès à l’école, la qualité des infrastructures et la présence d’enseignants qualifiés, notamment dans certaines régions périphériques ou communautés vulnérables. Le principe d’une école réellement républicaine, égalitaire et unificatrice, demeure largement inachevé.
3. La criminalisation de l’esclavage ne suffit pas
Si la loi existe – et elle est indéniablement un acquis –, l’application reste inégale.
Les pistes judiciaires avancent lentement, les procédures restent complexes, et les victimes peinent à accéder à la justice ou à la réparation. Les mécanismes de protection, eux, manquent encore de moyens et de visibilité.
4. La liberté d’expression et de réunion, encadrée… ou contrainte
L’affirmation d’une liberté garantie « dans le cadre de la loi » traduit en réalité la persistance d’un cadre juridique restrictif. Des journalistes, militants ou syndicats continuent de dénoncer des entraves à l’organisation de manifestations, des pressions administratives ou des poursuites controversées.
La question centrale : la confiance
Les engagements internationaux et les réformes annoncées ne manquent pas.
Ce qui fait défaut, c’est la confiance — celle des populations concernées, des associations nationales et des partenaires — dans la mise en œuvre réelle, durable et impartiale de ces engagements.
À Genève, la Mauritanie a présenté un tableau rassurant. À Nouakchott, Kiffa, Boghé, Kaédi ou Sélibaby, le vécu des communautés minorisées raconte encore une autre histoire.
La Mauritanie veut apparaître comme un pays stable, ouvert, et engagée dans la voie des droits humains.
Mais pour convaincre réellement, elle devra aller au-delà des déclarations de principe : en accélérant les réformes, en garantissant une justice indépendante, en renforçant l’égalité d’accès aux services et aux opportunités, et en créant les conditions d’une citoyenneté réelle et partagée, au-delà des appartenances sociales ou communautaires.
En attendant, à Genève, le message est passé. Reste à savoir ce qu’il en sera, sur le terrain, dans la vie quotidienne des Mauritaniens.

%20(1).png)

