Parti Insaf : modernisation du discours ou recyclage des slogans ? | Mauriweb

Parti Insaf : modernisation du discours ou recyclage des slogans ?

mer, 14/01/2026 - 11:59

La réunion du comité permanent du parti au pouvoir, (El Insaf), tenue mardi soir, ressemble à s’y méprendre à un exercice désormais bien rodé : une succession de formules rassurantes, de promesses de réforme interne et d’annonces de « dynamique organisationnelle » dont la portée réelle reste, une fois encore, difficile à mesurer.

Selon le communiqué publié par le parti, la rencontre a été consacrée à des dossiers aussi vastes que le financement du parti, la mise à jour du discours politique, l’animation des structures, l’adaptation aux nouvelles dispositions de la loi sur les partis et la « modernisation » des procédures internes. Une liste ambitieuse, presque exhaustive, qui pose une question centrale : pourquoi ces chantiers fondamentaux n’ont-ils pas été engagés plus tôt, alors que le parti est au pouvoir depuis plusieurs années et qu’il dispose de l’ensemble des leviers institutionnels ?

Un discours qui se répète plus qu’il ne se renouvelle

La direction du parti affirme vouloir « améliorer la performance organisationnelle et politique », « renforcer la coordination » entre ses instances et « resserrer le lien entre la direction et la base ». Des expressions devenues classiques dans le lexique politique mauritanien, mais qui peinent à se traduire en actes concrets sur le terrain. Dans de nombreuses wilayas, les structures du parti restent peu actives, souvent mobilisées uniquement à l’approche des échéances électorales, sans véritable travail politique de fond ni animation continue.

La référence insistante à la « culture du suivi et de l’évaluation » et au « lien entre responsabilité et résultats » interroge également. Si ces principes étaient effectivement appliqués, nombre de responsables politiques et administratifs proches du parti auraient déjà été mis face à leurs bilans, notamment sur des dossiers sensibles comme le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes, la gouvernance locale ou la lutte contre la corruption.

La question sensible du financement

Parmi les points évoqués figure le financement du parti, un sujet rarement abordé avec transparence par les formations politiques mauritaniennes, et encore moins par le parti au pouvoir. Or, dans un contexte de difficultés économiques et de pression sur les finances publiques, la question des ressources des partis – et de leur origine – mérite un débat public clair, loin des communiqués lisses et des discussions internes à huis clos.

Une adaptation tardive au nouveau cadre juridique

L’annonce de la « mise en conformité » des textes du parti avec la nouvelle loi sur les partis politiques souligne, en creux, une certaine lenteur. Le parti majoritaire, censé être moteur dans l’exemplarité institutionnelle, semble ici se contenter d’un alignement minimal, dicté davantage par l’obligation légale que par une réelle volonté de refondation démocratique.

Une dynamique proclamée, mais peu visible

En présentant cette réunion comme le prolongement d’une « dynamique organisationnelle » engagée lors d’un précédent meeting, El Insaf mise sur la continuité du discours plutôt que sur la rupture. Pourtant, pour une large partie de l’opinion, la question n’est plus celle des réunions internes ou des commissions, mais celle des résultats tangibles : quelle vision politique claire ? Quelle capacité à se renouveler réellement ? Quelle place accordée aux jeunes, aux femmes et aux compétences en dehors des cercles habituels ?

À défaut de réponses concrètes, ces annonces risquent de rester ce qu’elles sont trop souvent : un exercice de communication interne, destiné à donner l’image d’un parti en mouvement, alors que le fossé entre le discours officiel et les attentes réelles des citoyens continue de se creuser.