
L’Agence nationale pour l’emploi (ANAPEJ ) a procédé, en grande pompe, au lancement du programme PACTE, destiné à soutenir les collectivités territoriales par l’intégration de jeunes diplômés. Présenté comme un programme national stratégique, ce nouveau dispositif est censé répondre à un double défi : l’accès des jeunes au marché du travail et le déficit en ressources humaines qualifiées au sein des communes et des régions, notamment à l’intérieur du pays.
Sur le papier, l’initiative paraît louable. Dans les faits, elle soulève plusieurs interrogations majeures sur sa portée réelle, son impact structurel et sa capacité à répondre à l’ampleur du chômage des jeunes en Mauritanie.
500 emplois face à une urgence nationale
Le chiffre annoncé – environ 500 jeunes intégrés, dont 207 dans une première phase – tranche brutalement avec la réalité du marché de l’emploi. Chaque année, des milliers de diplômés sortent des universités et instituts, sans perspectives professionnelles durables. Dans ce contexte, PACTE apparaît davantage comme un dispositif pilote à portée limitée que comme une réponse à la crise systémique de l’emploi des jeunes.
Présenter ce programme comme une priorité nationale peut difficilement masquer l’écart entre les ambitions affichées et les moyens mobilisés. À ce stade, l’impact macroéconomique du programme reste marginal.
Des collectivités locales structurellement fragilisées
Le diagnostic posé par les autorités – un manque criant de ressources humaines qualifiées dans les collectivités territoriales – est largement partagé. Mais il évite une question centrale : pourquoi ces collectivités peinent-elles à attirer et à retenir des compétences ?
Faibles moyens financiers, absence de perspectives de carrière, flou sur les statuts, centralisation persistante des décisions : intégrer temporairement de jeunes cadres dans des communes structurellement sous-dotées risque de produire un effet cosmétique, sans régler les causes profondes du dysfonctionnement de la décentralisation.
Sans réforme sérieuse du financement des collectivités locales et de leur autonomie administrative, l’apport de jeunes diplômés, aussi compétents soient-ils, restera fragile et précaire.
Transparence annoncée, scepticisme persistant
Les autorités promettent une sélection « transparente et participative », fondée sur le mérite et la compétence, via la plateforme nationale de l’emploi « دليل ». Une promesse devenue récurrente dans les programmes publics, mais souvent mise à mal par la réalité des pratiques : clientélisme, pressions locales, favoritisme politique ou tribal.
Dans un pays où la confiance dans les dispositifs publics de recrutement est érodée, l’annonce de procédures transparentes ne suffit plus. Seuls des mécanismes de contrôle indépendants et des bilans publics réguliers permettront de crédibiliser cette promesse.
Un risque de précarisation déguisée
Autre zone d’ombre : la nature des contrats, leur durée, les perspectives d’intégration durable et les conditions de travail des bénéficiaires. Sans garanties claires, PACTE risque de rejoindre la longue liste des programmes d’emploi temporaire, offrant une parenthèse professionnelle sans véritable insertion à long terme.
Or, l’État ne peut continuer à traiter le chômage des diplômés par une succession de dispositifs transitoires, sans vision globale sur la fonction publique locale, les besoins économiques réels et le secteur privé.
Une politique de l’emploi fragmentée
Enfin, le lancement de PACTE illustre une tendance récurrente : la multiplication de programmes sectoriels, souvent portés par des cérémonies officielles et des conventions de partenariat, mais rarement évalués de manière indépendante. La question de l’évaluation ex post, de la pérennité des emplois créés et de l’impact réel sur le développement local demeure largement absente du discours officiel.
À défaut d’une stratégie nationale cohérente de l’emploi, articulée à une vraie réforme de la décentralisation et à une politique économique créatrice de valeur, PACTE risque de rester un outil de communication institutionnelle, plus qu’un levier de transformation.
Entre ambition affichée et réalité du terrain
En définitive, le programme PACTE pose moins la question de ses intentions que celle de sa capacité à changer durablement la donne. L’emploi des jeunes et la revitalisation des collectivités territoriales exigent des choix structurels, politiquement courageux, bien au-delà de l’intégration ponctuelle de quelques centaines de diplômés.
Sans ces choix, les programmes se succèdent, les discours se répètent, et la frustration sociale continue de croître.

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