
L’Association des Journalistes Mauritaniens (AJM) suit avec une vive préoccupation la situation professionnelle et sociale des journalistes en Mauritanie, à un moment où la célébration de la liberté de la presse devrait constituer une occasion sérieuse d’évaluer l’état de la profession, de mesurer les défis structurels qui entravent encore son développement, affaiblissent la place du journaliste professionnel et portent atteinte à la crédibilité de la presse nationale.
Depuis des années, l’AJM n’a cessé d’alerter sur le fait que la liberté de la presse ne saurait se réduire à des slogans, ni se mesurer uniquement à l’existence d’une certaine marge d’expression. Elle suppose aussi un environnement professionnel sain, des garanties juridiques et institutionnelles claires, ainsi que des conditions de travail préservant la dignité du journaliste et lui permettant d’exercer sa mission avec indépendance, professionnalisme et responsabilité.
Dans ce contexte, l’Association souligne que parmi les problèmes les plus graves qui menacent aujourd’hui le champ médiatique national figurent la faiblesse persistante des salaires des journalistes, la précarité de leur situation sociale, et l’absence de garanties professionnelles suffisantes, notamment en matière de contrats équitables, de couverture sociale, de classification juste et de mécanismes de protection dans l’exercice du métier. Elle constate également, avec inquiétude, la persistance de la confusion entre le journaliste professionnel et l’acteur des réseaux sociaux, dans une forme de dilution manifeste de la notion même de journalisme, au détriment des normes de la profession et de la crédibilité du travail journalistique sérieux.
Cette confusion, tolérée ou banalisée, ne porte pas seulement préjudice aux journalistes professionnels formés et soumis à une déontologie et à des règles précises, mais ouvre également la voie au désordre, à la confusion et à l’amateurisme, compromettant ainsi la construction d’un secteur médiatique structuré, professionnel et protégé contre l’improvisation.
L’AJM regrette que le ministère de la Culture et de la Communication demeure, à ce jour, incapable de proposer une stratégie claire et sérieuse de réforme du secteur des médias, de l’assainir, de mettre fin à sa dilution, et d’améliorer les conditions matérielles et sociales des journalistes. Au lieu d’assumer pleinement son rôle dans l’organisation de la profession, dans le soutien aux institutions de presse et dans la protection du statut du journaliste professionnel, la gestion officielle de ce dossier est restée en deçà des défis et des attentes.
Tout en réitérant son appréciation pour les instructions de Son Excellence le Président de la République relatives à la titularisation des journalistes des médias publics, en tant qu’étape historique longtemps attendue et fruit d’un combat de plusieurs décennies mené par les journalistes pour mettre fin à la précarité et aux injustices dans le secteur, l’Association constate, en revanche, avec un profond regret, que le ministère concerné a porté atteinte à cette avancée majeure à travers la manipulation des contrats des journalistes titularisés et le refus d’accorder à plusieurs d’entre eux la classification professionnelle qu’ils méritent, ce qui a eu pour conséquence, de façon paradoxale et inacceptable, une baisse des salaires de certains après leur recrutement, au lieu d’une amélioration de leur situation. Une telle pratique vide cette réforme de sa portée juste et réparatrice.
L’Association des Journalistes Mauritaniens, qui rappelle avoir été à l’avant-garde du plaidoyer en faveur de cette régularisation, affirme que toute réforme qui ne produit pas d’effets positifs sur la situation professionnelle et sociale des journalistes demeure une réforme inachevée. Toute approche administrative ou financière vidant la titularisation de son contenu équitable constitue un recul inacceptable qui doit être corrigé sans délai.
En conséquence, l’AJM :
* demande une révision urgente de la situation des journalistes titularisés dans les médias publics, afin de garantir une classification juste, une réparation effective de leurs préjudices et la levée des injustices nées des dysfonctionnements ayant marqué ce processus ;
* appelle à l’élaboration d’une stratégie nationale claire de réforme du secteur de la presse, fondée sur une régulation rigoureuse de l’accès à la profession et sur une distinction nette entre le journaliste professionnel et les créateurs de contenus ou acteurs des réseaux sociaux ;
* exige l’amélioration des conditions de travail, des salaires et des garanties sociales des journalistes, dans les secteurs public et privé, comme condition essentielle à tout discours sérieux sur la liberté de la presse et la qualité de l’information ;
* souligne la nécessité de protéger la crédibilité du travail journalistique contre toutes les formes de dilution et de désordre qui menacent la profession et nuisent à sa fonction démocratique et sociale ;
* invite les pouvoirs publics à traiter avec sérieux et responsabilité les revendications des journalistes, en tant que revendications professionnelles légitimes qui ne sauraient être ignorées s’il existe une volonté réelle de bâtir une presse nationale professionnelle et crédible.
En conclusion, l’Association des Journalistes Mauritaniens réaffirme que la défense de la liberté de la presse est indissociable de la défense du journaliste lui-même : de sa dignité, de ses droits, de son statut et de sa place dans la société. Elle rappelle également que la persistance de la précarité, de la confusion, de l’improvisation et de l’absence de vision réformatrice menace l’avenir de la profession et appelle une prise de conscience responsable de la part de tous les acteurs concernés avant que les dysfonctionnements ne s’aggravent davantage.
Moussa Bohli
Président - AJM
03 Mai 2026

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