Mattel : l’énigme Chaker Ben Ammar, ou le secret d’une longévité inexplicable ! | Mauriweb

Mattel : l’énigme Chaker Ben Ammar, ou le secret d’une longévité inexplicable !

lun, 23/03/2026 - 21:05

Dans le paysage des télécommunications en Mauritanie, un nom s’impose avec une constance troublante : Chaker Ben Ammar. Présent depuis plus de deux décennies au sein de Mattel, il incarne une véritable exception dans un secteur où les dirigeants sont habituellement mobiles, évalués et régulièrement renouvelés. Une telle longévité ne peut se réduire à la seule compétence. Elle interpelle, dérange, et finit par inquiéter.

Dans toute multinationale moderne, la rotation des cadres est une règle de gouvernance. Elle permet de préserver la dynamique interne, de renouveler les idées et d’éviter l’enracinement des réseaux d’influence. Or, à Mattel, Chaker Ben Ammar semble échapper à ces principes. Il traverse les directions générales, les crises et les changements d’actionnariat sans jamais être remis en cause.

Le contraste est frappant avec Mauritel, filiale de Maroc Telecom, où les cadres expatriés, pourtant performants, sont remplacés tous les trois à quatre ans afin de maintenir un niveau d’exigence élevé et un contrôle constant.

Dès lors, une question s’impose : est-il réellement irremplaçable ou bénéficie-t-il d’un système de protection opaque ?

Historiquement, Mattel est passé du statut de pionnier à celui d’acteur en retrait, cédant progressivement du terrain face à Mauritel et Chinguitel. Plusieurs analyses évoquent une érosion des parts de marché et un affaiblissement stratégique. À cela s’ajoutent des tensions récurrentes entre actionnaires mauritaniens et tunisiens, signe d’une gouvernance fragilisée. Le problème n’est donc pas conjoncturel, mais structurel.

Dans ce contexte, le maintien d’un même acteur au cœur du dispositif depuis plus de vingt ans pose inévitablement question.

Certaines sources décrivent Chaker Ben Ammar comme un pivot interne, capable de traverser les directions tout en conservant une influence déterminante, parfois au-delà des lignes hiérarchiques. Ce type de profil est caractéristique d’organisations où le pouvoir réel s’exerce en dehors des organigrammes officiels.

Dans ce type de configuration, la longévité ne repose plus uniquement sur la performance, mais sur d’autres ressorts : la maîtrise des rouages internes, la connaissance des zones sensibles et la capacité à maintenir des équilibres d’intérêts complexes.

Mattel, détenue majoritairement par Tunisie Telecom, évolue dans une configuration capitalistique hybride, propice aux jeux d’influence croisés. Dès lors, une interrogation plus politique émerge : bénéficie-t-il de soutiens extérieurs, notamment en Tunisie ? Est-il le relais d’intérêts qui dépassent le cadre strict de l’entreprise ?

Une chose est certaine : dans un système normal, aucun cadre ne se maintient aussi longtemps sans une validation continue et transparente de sa performance.

À cette opacité managériale s’ajoute une autre zone grise : la gestion des marchés. L’exemple récent de la couverture du siège de Mattel en Alucobond, pour un montant avoisinant 70 millions d’ouguiyas et attribuée de gré à gré à une entreprise dirigée par une Tunisienne, soulève de sérieuses interrogations.

Dans un pays où les entreprises locales sont nombreuses et compétentes, comment expliquer l’absence de mise en concurrence ? Pourquoi recourir à un prestataire étranger lié à des cercles internes ? Et surtout, pourquoi ces pratiques semblent-elles se répéter ?

Il ne s’agit plus seulement d’une question économique, mais bien d’un problème d’éthique et de gouvernance.

Le contraste, une fois encore, est saisissant : d’un côté, des opérateurs structurés, soumis à des logiques de performance et de rotation ; de l’autre, Mattel, où certains profils semblent installés dans une permanence difficilement justifiable, malgré des résultats contestés et des critiques récurrentes.

Au-delà de la personne de Chaker Ben Ammar, c’est toute la gouvernance de l’entreprise qui est en cause. Lorsqu’un cadre traverse les directions, dépasse l’influence des directeurs généraux, reste en place malgré les critiques et évolue dans un environnement opaque, la question cesse d’être individuelle.

Elle devient systémique : qui dirige réellement Mattel ? Ses responsables officiels… ou un réseau parallèle, discret mais influent ?

Chaker Ben Ammar n’est peut-être pas le problème. Il en est peut-être le symptôme.

Celui d’un système où la longévité prime sur la performance, où les réseaux prennent le pas sur la transparence, et où les intérêts privés finissent par supplanter la logique industrielle.

Dans un secteur aussi stratégique que les télécommunications, une telle situation ne peut être ignorée. Car derrière cette question de gouvernance se joue, en réalité, la crédibilité du marché mauritanien et une part de sa souveraineté économique.

BC