Le secteur des routes en Mauritanie... Malgré un budget colossal, un retard manifeste | Mauriweb

Le secteur des routes en Mauritanie... Malgré un budget colossal, un retard manifeste

ven, 30/06/2023 - 12:55

Les travaux sur la plupart des axes routiers annoncés par le Président de la République ou le Premier ministre au cours des quatre dernières années, notamment ceux annoncés en 2022, ont pris du retard, bien que les entreprises contractantes aient reçu des paiements du budget alloué pour la construction des routes en question.

Parmi les axes en retard, on trouve l'axe Laouinet - Laâyoune, annoncé par le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani à la fin de l'année 2022. De même, l'axe Amourj - Adel Bagrou attendu par les habitants depuis plus d'un an, tandis que des obstacles persistent également sur la route nationale de Tidjikja à Sélibaby. L'importance de cette route réside dans le fait qu'elle sera la deuxième route nationale nord-sud après la route nationale Nouadhibou-Nouakchott-Rosso, reliant ainsi l'Afrique du Nord au Sud.

Parmi les routes en difficulté, on trouve également les trois carrefours à Nouakchott, connus sous le nom de "Ponts". Ils sont composés du carrefour dit Bamako au sud de la capitale, du carrefour Madrid et du carrefour Hay Saken.

Selon des sources bien informées, ces trois carrefours ont été construits sur la base d'une étude exagérant le trafic et les embouteillages sur ces axes, dans le but de convaincre le président Ghazouani de la nécessité de les construire avec un cout exorbitant. D’ailleurs même fermes pour travaux les embouteillages aux heures de pointe ne nécessitent même pas la présence d’agent pour les réguler. Qui plus est leur construction va poser un certain nombre de problèmes inextricables. On sait que le parc automobile mauritanien notamment pour le fret urbain est constitué de véhicules souvent très obsolètes et donc aura beaucoup de peine à gravir des pentes de plus de 3% d’où risques importants pour les usagers et les riverains.  

En plus des routes prévues pour la construction ou la rénovation, il existe d'autres routes qui sont très dégradées. Parmi les plus importantes, on trouve :

  • La route Nouadhibou-Nouakchott, qui dans certaines sections, est devenue l'une des voies rapides vers la mort en raison du grand nombre d'accidents qui se produisent en raison des nombreux nids-de-poule.
  • La route Rosso-Kaédi, avec un certain nombre de nids-de-poule dangereux qui sont à l'origine de nombreux accidents mortels.
  • La route Boumbri-Keurmacene, bien que construite il y a environ 8 ans, s'est dégradée au point où elle est devenue inutilisables sur de nombreuses sections.

En outre, les routes urbaines de Néma, Rosso, Aïoun, Atar, Kiffa, Nouakchott et Nouadhibou connaissent une détérioration considérable, avec des habitants contraints d'utiliser des routes en terre dégradées. Il faut noter que pour Nouakchott on remarque ces derniers temps d’importants investissements pour construire des trottoirs en béton à travers la ville parfois sur des axes très secondaires. Non seulement ces travaux engloutissent un budget énorme mais ils ne se font pas en coordination avec les autres secteurs concernés : adduction d’eau, réseau électrique souterrain, et réseau téléphonique à tel point que qu’il n’est pas rare de voir ces trottoirs cassés quelque semaines seulement après leur achèvement pour travaux sur ces différents réseaux. Et surtout ces travaux montrent que nos responsable ne réfléchissent à plus ou moins brève échéance au réseau d’assainissement dont Nouakchott a tant besoin.

De nombreuses villes du pays sont toujours sans routes internes goudronnées, comme c'est le cas pour les villes  de Kiffa, Tidjikja, DJikeni, Amourj, Adel Bagrou, Bassiknou et Fassala.

Malgré les promesses précédentes du gouvernement, notamment lors du mandat du président Aziz, de bitumer environ 10 km à l'intérieur des capitales régionales, ces engagements n'ont pas été respectés.

Quant aux villes historiques telles que Oualata, Ouadane et Tichit, elles restent dans une quasi-isolation. Même Chinguetti est dans une situation similaire, bien que sa route ait été ouverte pour la première fois à l'époque de son fils Mohamed Mahmoud Ould Ebnou au milieu des années 80.

Mais le plus grave est que ce pays, l’un des plus vastes d’Afrique et dont le parc automobile a connu une augmentation exponentielle,  ne comprend pas le moindre kilomètre d’autoroute. D’ores et déjà, aussi pour leur trafic que pour leur importance stratégique et politique les routes de Nouadhibou de Rosso et d’Aleg méritent amplement d’être des autoroutes à péage. Le recours au PPP et au BOT pour ce faire allègerait considérablement les couts sur les finances publiques.

En vue d'améliorer la situation, des connaisseurs du secteur suggèrent  la création d'un département ministériel dédié aux routes en Mauritanie. Cela se justifie  aussi par l'ampleur du réseau routier qui n'a pas encore été réalisé, bien supérieur à ce qui a été accompli jusqu'à présent mais aussi par l’importance du budget alloué aux routes, dépassant environ 200 milliards d'anciennes ouguiyas ainsi que le caractère continu et permanent du travail spécialisé dans les routes, qu'il s'agisse de construction, d'entretien ou de rénovation.

En alternative à un ministère spécialisé, des experts proposent la création d'une agence spécifique aux routes relevant directement de la présidence de la République, disposant d'une indépendance financière et de capacités d'exécution. Ils soulignent que le maintien de la gestion des routes au sein d'une direction relevant d'un ministère entraîne une stagnation dans le travail et de longs délais d'achèvement.

Lors de sa campagne électorale, le président de la République s'était engagé à bitumer les routes reliant, Monguel et Barkéol à Nouakchott, et bien que le mandat touche à sa fin, aucun progrès significatif n'a été observé dans la réalisation de ces routes.

Des experts du secteur des routes et des constructions en Mauritanie soulignent également le gaspillage annuel de sommes considérables résultant des contrats de construction de routes. Ils estiment que les contrats accordés à des entreprises étrangères se retrouvent souvent entre les mains d'investisseurs locaux qui n'ont pas les compétences nécessaires pour mener à bien les projets. Certains contrats ont même été attribués à des entreprises sans aucune expérience préalable dans la construction ou l'entretien des routes. Selon les sources, les contrats liés aux routes sont des contrats de plusieurs milliards qui bénéficient à un certain nombre d'hommes d'affaires, de personnes influentes et de personnalités importantes, créant ainsi un environnement propice à la corruption.

Face à cette situation critique du secteur des routes en Mauritanie, des mesures urgentes doivent être prises pour assurer une planification, une gestion et une exécution efficaces des projets routiers, afin de répondre aux besoins de développement économique et social du pays et de garantir la sécurité et la mobilité des citoyens. Il est crucial de remédier au retard accumulé dans la construction, la rénovation et l'entretien des routes, en mettant en place des mécanismes de suivi et de contrôle rigoureux pour éviter les pratiques corrompues et assurer une utilisation efficace des ressources financières allouées.

Il est également essentiel d'accorder une attention particulière à la coordination entre les différentes parties prenantes, y compris les entreprises contractantes, les autorités gouvernementales et les organismes de réglementation, afin de faciliter la réalisation des projets dans les délais impartis et de garantir leur qualité et leur durabilité.

Enfin, il est primordial de promouvoir la transparence et la responsabilité dans la gestion des ressources financières allouées au secteur des routes, en fournissant des rapports réguliers sur l'avancement des projets, les dépenses engagées et les résultats obtenus. Cela permettra de renforcer la confiance des citoyens et de promouvoir une culture de transparence au sein du secteur.

 BC