Recensement immobilier des terrains bâtis à Nouakchott : Une première étape utile, mais les terrains non bâtis restent un angle mort | Mauriweb

Recensement immobilier des terrains bâtis à Nouakchott : Une première étape utile, mais les terrains non bâtis restent un angle mort

mer, 13/05/2026 - 10:03

Le ministre des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière, M. Mamoudou Mamadou Niang, accompagné du ministre de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration, M. Ahmed Salem Bedda Etvagha, a supervisé ce mardi matin le lancement d’un recensement immobilier des terrains bâtis dans la ville de Nouakchott.

Placée sous le thème « Vers un immobilier sécurisé et une gouvernance moderne », cette opération vise à renforcer la sécurité immobilière et à améliorer la gouvernance foncière grâce à une base de données numérique précise et exhaustive. Si l’initiative est saluée, une question centrale demeure : que faire des terrains non bâtis, véritable nœud gordien de la spéculation foncière en Mauritanie ?

Un recensement bienvenu pour sécuriser l'immobilier bâti

Dans son discours d’ouverture, M. Mamoudou Mamadou Niang a rappelé que ce processus s’inscrit dans la mise en œuvre des directives du Président de la République, M. Mohamed Cheikh El Ghazouani, visant à moderniser l’administration publique, consolider la transparence et accélérer la numérisation.

« Ce recensement permettra de documenter les biens immobiliers et de relier les immeubles à leur véritable statut juridique », a déclaré le ministre.

L’opération, mise en œuvre par la Direction de la Cartographie militaire avec l’appui du PNUD et de la Banque mondiale, doit durer entre 12 et 14 mois. Elle comprendra une collecte de données sur le terrain et l’élaboration de cartes urbaines précises, destinées à améliorer la planification urbaine et l’accès aux services de base.

Un numéro d'identification unique pour chaque bien

Le directeur général de la Direction de l’immobilier et de l’immatriculation, M. Beida Sghaïr, a précisé que chaque terrain se verra attribuer un numéro d’identification unique, facilitant le suivi des opérations de propriété, partage et transfert.

Des équipes équipées de tablettes numériques collecteront les informations et vérifieront les documents immobiliers directement sur place. Selon M. Beida Sghaïr, ce processus permettra aux citoyens d’obtenir des titres de propriété officiellement reconnus, une étape importante vers un registre immobilier moderne et transparent.

Le représentant résident du PNUD en Mauritanie, M. Mansour Ndiaye, a salué les efforts du gouvernement et réaffirmé le soutien de son institution à ce projet, qui contribue à renforcer la sécurité immobilière, appuyer la décentralisation et promouvoir un développement urbain durable.

La cérémonie s’est déroulée en présence du secrétaire général du ministère, M. Mohamed Mahmoud Hammadi, et des autorités civiles et militaires de la wilaya de Nouakchott Ouest.

Une lacune majeure : l'absence des terrains non bâtis

Si ce recensement constitue un progrès indéniable, une interrogation demeure : ne devrait-on pas envisager, dans une seconde phase, le recensement des terrains non bâtis à Nouakchott ?

La question est loin d’être anecdotique. Dans la capitale mauritanienne, d’immenses étendues de terrains non construits sont détenues par quelques individus – parfois des centaines de parcelles par personne – tandis que de nombreux fonctionnaires et citoyens ordinaires n’ont littéralement « que dalle », pour reprendre une expression amèrement répandue.

Un tel recensement serait un défi extrêmement utile mais tout aussi difficile. Il se heurterait à des intérêts puissants, à des détentions informelles héritées de l’histoire, et à une absence fréquente de titres clairs. Pourtant, sans lui, toute politique foncière reste boiteuse : comment lutter efficacement contre l’accaparement des terres, la spéculation ou l’habitat précaire si l’on ne sait pas précisément qui possède quoi, où et depuis quand ?

Le gouvernement mauritanien mérite d’être salué pour cette initiative de modernisation du secteur immobilier bâti. Mais les citoyens attendent désormais un engagement clair sur l’extension future de ce recensement aux terrains non bâtis.

Sans cette seconde phase, le risque est grand de ne traiter qu’une partie du problème – la plus visible – en laissant dans l’ombre le cœur spéculatif et inéquitable de la crise foncière mauritanienne. Le ministre Mamoudou Mamadou Niang aurait tout intérêt à annoncer rapidement le calendrier d’une telle extension, sous peine de voir ce beau projet rester à mi-chemin de ses ambitions affichées.