Souveraineté alimentaire en Afrique : Le Président El Ghazouani préside une session de haut niveau à Nairobi | Mauriweb

Souveraineté alimentaire en Afrique : Le Président El Ghazouani préside une session de haut niveau à Nairobi

mar, 12/05/2026 - 22:43

En marge du sommet « Africa Forward » qui se tient actuellement dans la capitale, le Président de la République, Mohamed Cheikh El Ghazouani, a présidé, ce mardi, une session de haut niveau consacrée aux moyens de renforcer les systèmes agricoles et alimentaires durables sur le continent africain.

Cette table ronde d’exception a réuni plusieurs chefs d’État, responsables institutionnels, partenaires internationaux et acteurs majeurs du développement, autour d’un enjeu crucial pour l’avenir de l’Afrique : la souveraineté alimentaire, la résilience climatique et la transformation durable de l’agriculture.

Un paradoxe africain : 60 % des terres arables mais 115 milliards de dollars d’importations alimentaires

Dans une allocution forte et circonstanciée prononcée à cette occasion, le Président El Ghazouani a dressé un constat aussi clair qu’alarmant. Il a rappelé que, malgré le fait que l’Afrique dispose de plus de 60 % des terres arables non cultivées de la planète, le continent continue d’importer chaque année près de 115 milliards de dollars de produits alimentaires.

« Ce paradoxe est intenable », a martelé le chef de l’État mauritanien, soulignant l’urgence d’une prise de conscience collective et d’une action concertée pour inverser cette tendance.

Un déséquilibre structurel source de vulnérabilité économique et sanitaire

Poursuivant son analyse, le Président de la République a mis en lumière le mécanisme pervers qui caractérise les échanges agricoles du continent. Il a indiqué que ce déséquilibre structurel — marqué par l’exportation massive de matières premières agricoles non transformées et l’importation croissante de produits finis à forte valeur ajoutée — constitue une source majeure de vulnérabilité pour les économies africaines.

« Ce modèle expose le continent aux chocs exogènes, aux fluctuations des prix mondiaux et à une dépendance stratégique dangereuse », a-t-il averti. Il a également insisté sur la menace que ce phénomène fait peser sur la sécurité alimentaire et sanitaire des populations africaines, dont une partie croissante souffre de malnutrition et d’insécurité alimentaire chronique.

Voici l’intégralité de l’intervention du Président de la République :

“Merci, Monsieur Jean-Michel de Servino.

Merci beaucoup, Sa Majesté, qui a effectivement fait le contour de la façon avec laquelle vous nous avez si bien présenté notre sujet, le sujet de notre table ronde.

Effectivement, comme vous l’avez si bien dit, le thème de notre table ronde porte sur comment construire des systèmes agroalimentaires productifs, durables et résilients en Afrique et comment renforcer les partenariats dans cet objectif.

Bien qu’il dispose de plus de 60 % des terres arables non cultivées de la planète, notre continent dépense chaque année près de 115 milliards de dollars pour importer sa propre nourriture.

Ce déséquilibre structurel qui consiste à exporter nos matières premières pour importer des produits transformés est une source majeure de vulnérabilité économique et un risque pour notre sécurité alimentaire et sanitaire.

Il est donc pour nous d’une nécessité primordiale de transformer notre potentiel agricole en un véritable levier de souveraineté.

À cet effet, nous devons trouver des solutions idoines à un ensemble de contraintes parmi lesquelles on peut citer certains défis, dont les aléas météorologiques. Avec seulement 6 % de ces 60% des terres arables de la planète, nous ne pouvons irriguées que 6%. Donc, nos récoltes demeurent à la merci d’une pluviométrie de plus en plus imprévisible.

Il y a aussi le faible rendement de notre agriculture, dû entre autres à un manque d’accès aux intrants de qualité, à une faible mécanisation de notre agriculture, à l’absence d’infrastructures de stockage.

Un autre point, pas moins important, c’est l’étendue de nos terres qui font rêver, mais dont l’exploitabilité immédiate demeure très faible.

Donc, cela fait un certain nombre de défis.

La présente table ronde traduit donc notre volonté commune de faire de ce secteur un levier de développement et de prospérité pour nos populations.

Cette ambition s’inscrit pleinement dans la vision de l’Union africaine portée par le cadre politique agricole global et l’Agenda 2063.

Notre organisation continue de plaider pour une transformation radicale où l’agriculture ne doit plus seulement être un moyen de subsistance, mais le moteur d’une industrialisation inclusive.

D’ailleurs, la Déclaration de Malabo et le récent plan d’action sur la fertilité des sols illustrent la mobilisation de l’Union africaine pour mobiliser nos États afin de tripler les échanges commerciaux intra-africains de produits agricoles et de renforcer notre résilience face aux chocs climatiques.

Pour renforcer ce potentiel, ou le transformer plus exactement en réalité, nous devons focaliser notre réflexion sur trois défis prioritaires.

Le premier défi est celui de la mobilisation de l’expertise internationale.

Je crois que, puisque nous sommes aujourd’hui avec la France et, à travers la France, avec l’Europe, nous pouvons justement essayer, à travers cette voie, en matière de recherche, de formation et d’innovation, développer nos filières agricoles, structurer les chaînes de valeur pour garantir à la fois la souveraineté alimentaire et la qualité nutritionnelle.

Un autre axe consiste à voir comment attirer les opérateurs privés professionnels du secteur agricole et mobiliser les ressources financières nécessaires pour soutenir l’entrepreneuriat dans l’agro-transformation et sécuriser une agriculture productive et durable.

Enfin, le troisième volet concerne la manière de mettre à contribution les solutions d’avenir pour valoriser les pratiques agricoles locales et soutenir les initiatives vitales comme la Grande Muraille Verte pour une meilleure résilience.

Je suis donc convaincu que nos échanges autour de cette table permettront d’éclairer davantage des pistes de solutions de nature à aider notre continent à construire une agriculture durable et résiliente.

Je vous remercie.”

Les axes de réflexion de la table ronde

Face à ce diagnostic partagé par l’ensemble des participants, la session de haut niveau a permis d’explorer plusieurs leviers d’action prioritaires :

-L’intensification durable de la production agricole : comment augmenter les rendements tout en préservant les écosystèmes et en s’adaptant aux dérèglements climatiques ;

-Le développement des chaînes de valeur locales : sortir de la logique extractive en favorisant la transformation sur place des produits agricoles ;

-Le renforcement des infrastructures rurales : accès à l’eau, aux semences de qualité, aux engrais et aux services financiers pour les petits exploitants ;

-L’harmonisation des politiques agricoles régionales : faciliter les échanges intra-africains de denrées alimentaires dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

En conclusion de son allocution, le Président El Ghazouani a lancé un appel solennel à l’ensemble des dirigeants africains, des partenaires techniques et financiers, ainsi qu’aux institutions internationales présentes à Nairobi. Il a plaidé pour un changement de paradigme : passer d’une logique d’assistance à une stratégie d’investissement productif et durable dans le potentiel agricole exceptionnel du continent.

« L’Afrique doit nourrir l’Afrique. C’est une question de dignité, de sécurité et de prospérité partagée », a-t-il martelé, recevant l’assentiment des autres chefs d’État et représentants présents.