Projets publics : des taux de réalisation flatteurs… mais une réalité beaucoup moins reluisante | Mauriweb

Projets publics : des taux de réalisation flatteurs… mais une réalité beaucoup moins reluisante

mar, 05/05/2026 - 13:41

Réunis à la Primature sous la présidence du Premier ministre Mokhtar Ould Djay, les membres de la commission ministérielle chargée du suivi des grands projets ont livré, une fois de plus, une lecture optimiste de l’état d’avancement des programmes publics. Des chiffres précis, des taux élevés, et un message clair : tout avance, et plutôt bien.

Sur le papier, le tableau est presque parfait.

Le programme d’urgence de développement de Nouakchott afficherait un taux d’exécution de 93,5 %, avec une consommation des délais estimée à 93,7 %. Mieux encore, certaines composantes, notamment l’éducation et les routes, seraient achevées, tandis que le volet électrique serait en phase finale.

Même tonalité pour le programme d’accès aux services essentiels, avec un taux d’avancement de 41,2 % pour une consommation des délais de 37,5 %, présenté comme un « progrès confortable ».

À première vue, difficile de contester ces performances. Mais à y regarder de plus près, une question s’impose : que mesurent réellement ces chiffres ?

Des pourcentages qui masquent plus qu’ils n’éclairent

Dans la communication gouvernementale, les taux d’exécution sont devenus une sorte de langage en soi. Une métrique rassurante, facile à brandir, mais rarement interrogée.

Car ces pourcentages ne disent rien de l’essentiel : quelle est la qualité réelle des infrastructures livrées ? les projets sont-ils fonctionnels ou simplement « terminés » administrativement ? et surtout les populations ressentent-elles une amélioration concrète ?

Autrement dit :
93 % d’exécution ne signifie pas 93 % d’efficacité.

L’illusion de la performance administrative

La quasi-équivalence entre taux d’exécution (93,5 %) et consommation des délais (93,7 %) est présentée comme un signe de bonne gestion.

En réalité, elle peut tout aussi bien traduire autre chose : une simple synchronisation administrative des dépenses avec le calendrier, sans garantie sur l’impact réel.

Dans de nombreux cas, la logique est connue : on dépense pour respecter les délais, on valide des étapes pour atteindre des objectifs chiffrés mais sans évaluation rigoureuse des résultats.

Le projet avance… mais vers quoi ?

Des projets “achevés” sur le papier

L’annonce de l’achèvement des composantes liées à l’éducation et aux routes mérite elle aussi d’être interrogée.

Dans un contexte où les routes se dégradent parfois quelques mois après leur livraison et les infrastructures scolaires manquent d’équipements ou de maintenance, le terme “achevé” relève souvent plus de la procédure que de la réalité.

Une culture du suivi… sans reddition de comptes

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de renforcer le suivi et le contrôle. Une formule désormais classique.

Mais une question demeure, qui contrôle réellement, et sur quels critères ?

Car le véritable problème n’est pas l’absence de réunions, ni même le manque d’indicateurs.
C’est l’absence de transparence sur les coûts réels des projets, les écarts entre prévisions et réalisations et les responsabilités en cas de défaillance.

Sans cela, le suivi devient un exercice interne, sans portée réelle.

Nouakchott 2 : la fuite en avant ?

Dans ce contexte, l’annonce des préparatifs pour une deuxième phase du programme de développement de Nouakchott interroge.

Avant de lancer un nouveau cycle, une évaluation sérieuse du précédent aurait été nécessaire.

Or, rien n’indique un audit indépendant ou un retour d’expérience détaillé et encore moins une analyse des dysfonctionnements.

On prépare la suite… sans tirer les leçons du passé.

Une communication bien rodée, une réalité incertaine

Au final, cette réunion illustre une constante dans la gestion des grands projets une communication maîtrisée, des indicateurs flatteurs et une mise en scène de la performance.

Mais derrière cette façade, subsiste une incertitude persistante, celle de l’impact réel des politiques publiques sur le quotidien des citoyens.

Conclusion : gouverner par les chiffres… ou par les résultats ?

À force de gouverner par des pourcentages, le risque est de confondre avancement administratif et progrès réel.

Or, dans un pays confronté à des défis structurels majeurs, la question n’est pas de savoir si les projets avancent.

Mais de savoir s’ils transforment réellement la vie des Mauritaniens.

Pour l’instant, les chiffres parlent. Reste à savoir si la réalité suivra.